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Rétrospective ...

Quand on arrive dans une ville, on voit des rues en perspective, des suites de bâtiments vides de sens. Tout est inconnu, vierge. Voilà. Plus tard, on aura habité cette ville, on aura marché dans ces rues, on aura été au bout des perspectives, on aura connu ces bâtiments, on aura vécu des histoires avec des gens, on aura vécu dans cette ville, cette rue on l'aura prise dix, vingt, mille fois. Au bout d'un moment, tout ça vous appartient, parce qu'on y a vécu. C'est ce qui allait m'arriver. Et je le savais pas encore. Après, bien après, toute galère est devenue une aventure extraordinaire. Y a toujours ce truc idiot, les jours les pires d'un voyage, les expériences les plus ratées sont celles qu'on raconte le plus après aux autres ...

C'est ainsi que parle Xavier au début de l'Auberge Espagnole. Il raconte ainsi en quelques mots ce qu'a été sa vie à l'étranger durant une année. Ca fait maintenant onze mois que je me suis installé à Paris, et aucun texte ne me paraît plus approprié pour résumer ce que je ressens après presque un an de vie ici. Je me rappelle tout particulièrement d'une ballade en septembre dernier sur la rue de Rennes. A l'époque, cette rue ne voulait rien dire pour moi ; c'était une rue qui arrivait au pied de la tour Montparnasse, où il y avait un MacDo. Je ne savais même pas qu'elle arrivait à St Germain des Prés, à ce moment là. Qu'est ce qu'elle représente pour moi cette rue désormais ? Plein de choses... si j'y vais, c'est souvent pour voir ma meilleure amie ; ce MacDo, ce n'est plus seulement n'importe quel MacDo, c'est celui où on va quand on a une fringale de Royal Cheese un dimanche après-midi ; les petits magasins m'ont servi à préparer un cadeau d'anniversaire, une fois. Et St Germain des Prés, je connais maintenant ! Tous ces lieux, les Champs Elysées, la rue d'Assas, le Luxembourg, la BSG, Vaugirard, le Panthéon, les Tuileries, Châtelet, les quais, Mouffetard, Notre Dame des Champs, Blainville, ces noms qui ne voulaient rien dire pour moi il y a 12 mois, si ce n'est à travers le Monopoly, ont tous leur propre histoire maintenant. Le Luxembourg, c'est où on va lire des magazines comme Public, ou Voici, avec Marie, quand on en a marre de travailler à la BSG. La rue Blainville, c'est là où il y a les meilleurs sandwiches du monde, et un excellent bar à cocktails. Et ainsi de suite.

Paris est un endroit magique. On peut sortir à tout moment de la journée, à toute période de l'année, et on découvrira forcément quelque chose de nouveau. On se trouvera toujours enrichi de la ballade qu'on vient de faire. Mais Paris c'est bien plus pour moi. Je me suis installé ici l'an dernier pour commencer des études de Droit. « Pourquoi Paris ? » me demande-t-on encore aujourd'hui ... C'est vrai, il y a de bonnes facs de Droit dans le Sud. Et en vérité, je peux toujours pas répondre à cette question. Parce qu'en fin de compte, il n'y avait pas de raison particulière à mon envie de m'installer ici. Etait-ce parce que c'est une grande ville ? Parce que j'avais l'opportunité d'étudier dans une excellente université ? Parce que Paris m'a toujours plu de toute façon ? Un an plus tard, je ne suis pas plus fixé sur les raisons de mon départ que je ne l'étais en début d'année. Je me rappelle de ce vendredi soir de septembre, lorsque après avoir terminé le travail à Nantes mon père et moi avons pris la voiture pour m'installer ici. Je me rappelle de son départ, des questions que je me posais à l'époque. N'avais-je pas fait une monumentale erreur ? Arriverais-je à tenir toute l'année si loin de ma famille ? Ces inquiétudes tout à fait naturelles à l'époque se sont révélées sans fondement en fin de compte. Une de mes plus grosses frayeurs, à vrai dire, était de ne pas me faire de vrais amis ici ; de toutes mes peurs, c'est celle qui aujourd'hui me paraît la plus ridicule.

Car je sais maintenant qu'en un an, je me suis fait quelques vrais amis pour la vie. Des gens que j'ai appris à connaître durant l'année, à apprécier et à aimer. Forcément je pense à Marie, à Nicolas, à Anthony... C'est grâce à des amis comme vous que cette année s'est aussi bien passée, grâce à toi Marie que j'ai réussi à toujours passer à autre chose après des moments difficiles ; tous ces dimanches après-midi dans des cafés, ces Royal Cheese, ces verres au Lucernaire avant un cours de R.I, toutes ces choses représentent énormément pour moi, et restent des souvenirs que je garderai toujours. Je ne pourrais pas non plus ne pas remercier Maman Valentini, véritable mère nourricière du second semestre. Même si vous n'aimez pas Beckham, je vous pardonne tout. Je pense aussi au hhhippie communiste, ami « sur le tard », mais qui commence à monopoliser pas mal de mon temps ! Respecte mon autoritééé ! Bien sûr je pense à Will, mon coloc génial ; entre les congélations, les cris, les éclats cuivrés, le concept de la pouffiardise, les creux du dimanche après-midi (entre 15 et 18h, pour les curieux), je vois mal comment cette année de vie commune aurait pu mieux se passer. Et je pense aussi à celle que j'ai aimée, et qui malgré tout ce qui s'est passé a été une personne importante dans ma vie ici. Merci pour les bons moments.

Je me prépare à entamer ma deuxième année de Droit, à re-rentrer dans la routine de la fac, les TDs, les disserts à préparer, les cours en Grand Amphi où on pourrait continuer nos expériences de congélation, Will, prendre le métro tous les matins, etc... Cette année sera-t-elle aussi géniale que la dernière ? Meilleure ? Pas impossible... Mais je sais qu'à l'orée de cette nouvelle aventure, je jette un regard sur les onze derniers mois, et je peux sourire. Cette année a été incroyablement formatrice, en fin de compte. J'ai beaucoup grandi, j'ai dû apprendre à me débrouiller par moi-même. J'ai trouvé ma vocation, à travers mes études. J'ai rencontré des gens formidables, que j'espère garder dans ma vie encore longtemps. J'ai connu des aventures ici, des mésaventures aussi, j'ai été heureux, triste, j'ai eu froid, chaud, j'ai aimé.

Paris m'a énormément apporté. J'espère encore vivre de beaux moments comme j'en ai vécu, et cette année je ne débute avec aucune inquiétude. Seuls l'optimisme et l'espoir sont au rendez-vous...
Rétrospective ...
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# Posté le dimanche 13 août 2006 16:59

Modifié le jeudi 24 mai 2007 04:05

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